
Le rêve d’un parfumeur
Le cœur du bois d’agar est généralement pâle et pratiquement inodore. Mais lorsqu’il est infecté par un champignon appelé P. parasitica , le bois intérieur s’assombrit lentement mais sûrement, durcit et se gorge de résine.
La résine sécrétée est la réaction défensive de l’arbre face à une infection et, simultanément, la principale source d’un arôme complexe, floral et fruité. La nature a créé un parfum que l’homme n’a pas encore réussi à synthétiser : il mêle des notes de fleurs, de fruits, de résine, de vanille, de musc et d’ambre. Les plus grands fabricants de cosmétiques et de parfums recherchent activement cette essence « orientale » à base de résine de kinam. Par ailleurs, le kinam est utilisé depuis longtemps dans la fabrication d’encens et revêt une signification religieuse dans de nombreuses cultures.
Fait intéressant : tout l’arôme du kinam se révélera si vous mettez le feu à des copeaux de bois imbibés de résine.
Un trésor difficile à voir
À l’état sauvage, un kinam infecté peut vivre plusieurs siècles. Plus l’arbre est âgé, plus son parfum est prononcé. Mais il y a une nuance importante : il est presque impossible de déterminer à l’œil nu quel arbre est réellement atteint par le champignon. Pour le savoir, il faut le scier.
Lorsque des entrepreneurs, avides de gains rapides, s’en sont rendu compte, une véritable « fièvre du kinam » s’est emparée des arbres, comparable à celle de l’or. Des milliers d’arbres ont alors été abattus sans discernement, dans le seul but de trouver des spécimens uniques. Le marché noir persiste, malgré la maîtrise de la production de kinam en plantation, par contamination délibérée de plants sains avec des moisissures. Le prix du bois d’agar issu de plantations est toutefois nettement inférieur à celui du bois sauvage : on peut l’abattre plusieurs années après l’infection.

Combien coûte le kinam ?
La réponse est très coûteuse : 10 grammes de kinam peuvent se vendre 100 000 dollars. À Shanghai, il y a quelques années, 2 kilogrammes de bois se sont vendus 18 millions de dollars. Ainsi, un kilogramme de kinam coûte 9 millions de dollars.

Au temple cambodgien Wat Bang Kradan, on peut admirer un kinam bicentenaire parfaitement conservé : sa protection est assurée non seulement par les moines, mais aussi par la police militaire. La rumeur court que d’habiles hommes d’affaires japonais auraient proposé au temple la somme de 23 millions de dollars pour acquérir ce précieux arbre. Cependant, l’abbé aurait catégoriquement refusé cette offre, préservant ainsi, peut-être, la vie du kinam pour plusieurs siècles encore.
