Banni des plateaux malgré son César : le destin brisé d’Abou Sangaré qui n’a toujours pas de papiers

C’est un paradoxe qui glace le sang et qui remet violemment en question les coulisses du rêve français. Imaginez un instant : vous montez sur la scène prestigieuse de l’Olympia, sous les projecteurs aveuglants, vous tenez entre vos mains cette statuette dorée que tout le monde convoite, et quelques heures plus tard, vous redevenez un invisible, un étranger aux yeux de l’administration. C’est le cauchemar éveillé que traverse actuellement Abou Sangaré. Sacré Meilleur espoir masculin en 2025 pour sa prestation magistrale dans L’Histoire de Souleymane, le jeune homme est aujourd’hui dans une impasse totale. Depuis ce soir de gloire où le monde du cinéma était à ses pieds, son téléphone ne sonne plus pour des tournages, mais pour des rappels administratifs.

Primé aux César pour L'Histoire de Souleymane, Abou Sangaré est privé de  cinéma faute d'un passeport en règle - Actus Ciné - AlloCiné

La situation est d’une ironie cruelle. Dans le film de Boris Lojkine, Abou Sangaré incarnait un livreur sans-papiers, traqué par le temps et la précarité dans les rues de Paris. Une fiction qui, malheureusement, n’a jamais vraiment quitté sa peau. Arrivé de Guinée à seulement 15 ans, il a connu tout ce qu’un jeune exilé peut endurer : l’instabilité permanente, l’angoisse des guichets de préfecture et même la menace d’une obligation de quitter le territoire français. Son discours lors de la 50ème cérémonie des César reste gravé dans les mémoires. Avec une dignité qui a fait couler bien des larmes, il confiait n’avoir presque plus eu de vie entre 2017 et 2023, se sentant exclu de l’humanité.

Abou Sangare, ancien sans-papiers, régularisé après son rôle dans  L'histoire de Souleymane obtient le César de la révélation masculine

Pourtant, malgré l’ovation debout d’un parterre de stars, rien n’a vraiment changé. Le titre de séjour régulier, le vrai sésame qui lui permettrait d’exercer librement son nouveau métier d’acteur, reste une chimère. Faute de documents en règle, les producteurs hésitent et les contrats s’évaporent. Résultat : celui que l’on présentait comme le nouveau prodige du septième art est retourné à sa vie d’avant. Installé à Amiens, loin des tapis rouges, Abou Sangaré n’a jamais lâché ses outils. La mécanique, ce métier qu’il exerce par nécessité, est redevenue son seul ancrage. Il travaille désormais dans une entreprise de location de matériel à Paris, jonglant entre les moteurs et l’espoir de retrouver un plateau de cinéma. Bien que son titre de séjour salarié ait été renouvelé pour un an, cette stabilité reste précaire, provisoire et terriblement loin des promesses de gloire nées lors de cette nuit de février 2025.

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