Installée depuis plus de dix ans en France, l’écrivaine lituanienne Erika Umbrasaitė ne mâche pas ses mots lorsqu’elle parle des différences culturelles entre les Lituaniens et les Français. Dans une interview à cœur ouvert, capturée dans un hôtel parisien où elle sirotait tranquillement un café avant un entretien, Erika a livré une analyse franche et sans concession du mode de vie français et de ce que, selon elle, ses compatriotes baltes pourraient apprendre de ce pays où elle a construit sa vie.
Pour Erika, la plus grande leçon que lui ont enseignée les Français est cette capacité à lâcher prise, à ne pas se laisser obséder par ce que les autres pensent. Elle utilise un terme cru, souvent répété par ses amis locaux : « j’en ai rien à faire ». Cette expression, qu’elle entend presque quotidiennement dans des contextes banals ou sérieux, incarne pour elle une philosophie de vie libératrice. Au lieu de s’angoisser au sujet de chaque détail, les Français semblent capables de savourer l’instant, même au milieu des pires tempêtes personnelles.
Selon Erika, ce « laisser-aller » n’est pas de l’indifférence. C’est une forme raffinée de résilience. Les Français n’ignorent pas leurs émotions ou leurs difficultés, mais ils ont appris à en rire, à s’en moquer même s’ils tombent. Ils trouvent une parcelle de bonheur dans une simple sortie au restaurant ou un moment de détente malgré des préoccupations plus lourdes. Ils rient de leurs propres maladresses, s’accordent des plaisirs même dans l’adversité, et privilégient le bien-être immédiat plutôt que l’anxiété perpétuelle.
Erika raconte qu’à son arrivée en France, elle a souvent été surprise par cette approche. Elle se souvient d’un pharmacien charmant qui, sans arrière-pensée, l’a complimentée sur son regard fatigué après un long voyage. Ce type d’interaction, si naturel pour les Français, lui a appris qu’il est possible d’être authentique sans craindre le jugement. Cette simplicité, cette générosité d’esprit et cette capacité à valoriser les petits plaisirs quotidiens lui ont ouvert les yeux sur une qualité de vie qui, selon elle, manque trop souvent en Lituanie.
L’écrivaine note aussi comment, en France, on célèbre les plaisirs sensuels de la vie : un délicieux repas, une promenade dans un parc ou simplement le plaisir de flâner dans une librairie. Ces petits moments ne sont pas vus comme des absences de sérieux, mais comme des composantes essentielles d’un équilibre de vie. Erika compare cela à l’attitude souvent plus rigide et sérieuse qu’elle observe chez beaucoup de Lituaniens, où le souci de performance, de productivité ou d’apparence prime souvent sur la simple joie d’exister.
Ce regard extérieur ne fait pas de l’ombre à son amour pour sa patrie. Erika confesse qu’elle manque de la « vraie » pain lituanien ou du kefir traditionnel. Mais ce sont ces nuances culturelles, ces petites différences dans la manière d’aborder le quotidien, qui l’ont transformée profondément. Elle en est arrivée à croire que pour apprendre à vraiment vivre, il faut parfois quitter le confort des certitudes et s’immerger dans un environnement où l’on vous dit, sans détour, de vivre pour vous-même.
À travers son témoignage, l’écrivaine invite ses compatriotes à repenser leurs priorités. Plutôt que de s’acharner à peur de mal faire, pourquoi ne pas apprendre à savourer un repas, une conversation ou un moment de solitude? Pourquoi ne pas cultiver cette légèreté d’esprit qui permet d’affronter les obstacles sans s’auto-flageller? Par ces réflexions, Erika Umbrasaitė ouvre une fenêtre sur une autre manière de vivre – plus douce, plus indulgente, plus joyeuse – qu’elle a adoptée à Paris mais qu’elle pense applicable bien au-delà des frontières de la France.