Les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina s’annoncent déjà explosifs, et pas seulement pour les compétitions sportives. Un scandale inattendu secoue l’équipe norvégienne de saut à ski : deux entraîneurs et un responsable de l’équipement ont été suspendus pour 18 mois pour avoir modifié les combinaisons de leurs athlètes, ajoutant des coutures à la zone de l’entrejambe afin de l’agrandir légèrement. Cette manœuvre, loin d’être esthétique, vise à optimiser les performances : un surplus de matière permettrait aux sauteurs de voler plus loin, un avantage décisif dans un sport où chaque centimètre compte.
L’affaire remonte à l’an dernier lors des Championnats du monde de ski nordique à Trondheim, où Magnus Brevig, entraîneur principal, et Adrian Livelten, technicien des combinaisons, ont été filmés en train de retoucher les tenues de Marius Lindvik et Johann André Forfang, deux stars du saut norvégien. Thomas Lobben, entraîneur adjoint, n’apparaît pas sur les images mais a admis plus tard avoir participé au stratagème. La vidéo montre clairement la manipulation des combinaisons après leur inspection officielle, un acte qui, selon les règles, dépasse les limites autorisées.
Les deux athlètes ont clamé leur ignorance et ont écopé d’une suspension de trois mois, à purger cet été, mais ils restent attendus sur les tremplins olympiques le mois prochain. L’objectif de ces interventions ? Maximiser la surface de la combinaison pour réduire la traînée et accroître la distance de saut, à l’instar d’une voile plus grande propulsant un bateau plus vite. La réglementation interdit que la surface de la combinaison dépasse de plus de quatre centimètres celle du corps de l’athlète, mais même un seul centimètre supplémentaire peut ajouter cinq mètres au saut. Certains sauteurs n’hésitent d’ailleurs pas à utiliser des manches remplies d’acide hyaluronique pour ajuster la taille de leur entrejambe.
Lasse Ottesen, médaillé d’argent olympique devenu expert en contrôle des équipements, explique que les Norvégiens ont également rigidifié les combinaisons, réduisant encore la résistance à l’air. « Ils ont ouvert les cinq couches du matériau, inséré un tissu plus rigide, puis recousu le tout. À l’œil nu ou pour nos contrôleurs, c’était invisible », précise-t-il. Selon lui, ces manipulations sont d’un niveau inédit, bien au-delà de ce qui a été constaté auparavant.
Malgré la gravité de la sanction, les entraîneurs incriminés défendent leur pratique, affirmant qu’elle s’inscrit dans une culture établie du saut à ski, jamais pénalisée aussi sévèrement. Leur avocat, Pål Kleven, souligne que ces techniques sont malheureusement courantes dans le milieu, révélant un système où la frontière entre astuce technique et tricherie reste floue. Ce scandale expose désormais le public à une facette insoupçonnée du sport norvégien et promet de nourrir les débats jusqu’aux Jeux.